Le paradoxe des pipelines

Avec ses raffineries situées dans l’Est du pays et ses abondantes sources de pétrole brut dans l’Ouest, le Canada a besoin d’un nouveau réseau de pipelines qui relierait ces deux régions et offrirait des retombées économiques à tous les Canadiens.

Il convient de noter, dans le débat houleux concernant la construction de nouveaux pipelines au Canada, que ceux-ci permettent d’alimenter notre pays en pétrole depuis le 19e siècle. La première canalisation de gaz naturel a été construite 10 ans avant la Confédération. La construction du premier pipeline pour le transport du pétrole brut des champs pétrolifères Petrolia à la raffinerie de Sarnia, en Ontario, s’est quant à elle achevée en 1862.

« Nous sommes une nation de pipelines, souligne Chris Bloomer, président et chef de la direction de l’Association canadienne de pipelines d’énergie (CEPA). Le moteur économique canadien s’est développé grâce à notre capacité de transporter l’énergie d’un océan à l’autre. »

Les années 1950 sont l’âge d’or de la construction de pipelines, jugés essentiels au développement des marchés nationaux et internationaux de nos produits énergétiques et à la croissance de l’économie canadienne. Si, d’après Chris Bloomer, cela nous a permis de développer un secteur énergétique de calibre mondial, nous devons maintenant chercher des marchés supplémentaires si nous voulons continuer à tirer profit de nos ressources.
 

Combler le fossé de l’infrastructure énergétique

« Le principal avantage de nouveaux pipelines transcontinentaux serait de fournir du pétrole canadien aux raffineries canadiennes, soutient Chris Bloomer. Ces pipelines combleraient le fossé en matière d’infrastructure énergique. L’Ouest du pays produit la majeure partie du pétrole canadien, et cette production devrait augmenter, voire doubler, d’ici 2030. Le réseau de pipelines actuel fonctionne au maximum de sa capacité, ce qui entraîne des problèmes d’approvisionnement. Alors que le Québec et les provinces de l’Atlantique comptent près du quart des raffineries canadiennes, les pipelines les reliant aux champs pétrolifères de l’Ouest sont limités. En fait, ces raffineries dépendent principalement du pétrole importé. Une quantité croissante de ce pétrole arrive en train du Texas, du Dakota du Nord et du Wyoming, mais une partie doit tout de même venir de l’autre bout du monde. Voici le fameux paradoxe : le manque d’accès au marché fait en sorte que les producteurs de l’Ouest du pays doivent vendre leur pétrole brut au rabais alors que les raffineries de l’Est du pays paient plus cher leur pétrole étranger.

Deux pipelines bien précis pourraient s’avérer profitables aux deux bouts du pays. La canalisation numéro 9 d’Enbridge – entre Sarnia, en Ontario, et Montréal, au Québec – n’a rien de nouveau, pour tout dire. L’entreprise a renversé le flux d’un pipeline sous-utilisé afin de transporter aisément le pétrole brut de l’Ouest vers les raffineries québécoises. La canalisation inversée transporte du pétrole brut canadien depuis la fin de 2015 avec l’approbation de l’Office national de l’énergie (ONE). Or, en mars 2016, la Cour suprême a accordé à la Première Nation Chippewas de la Thames, située près de St. Thomas, en Ontario, l’autorisation d’en appeler de la décision de l’ONE, ce qui soulève des questions quant à l’avenir de l’inversion de la canalisation 9.

Le projet Oléoduc Énergie Est de TransCanada irait quant à lui de Hardisty, en Alberta, à Saint John, Nouveau Brunswick. L’oléoduc comporterait environ 3 000 km de canalisations de gaz naturel reconverties et 1 600 km de nouvelles canalisations. Énergie Est augmenterait ainsi la part du pétrole brut canadien transformé dans les raffineries de Suncor Énergie et de Valero. L’oléoduc fournirait également du pétrole canadien à la plus grande raffinerie du pays, soit celle d’Irving Oil, au Nouveau Brunswick. L’ONE évalue actuellement le projet Oléoduc Énergie Est.

« Nous sommes une nation de pipelines, souligne Chris Bloomer, président et chef de la direction de l’Association canadienne de pipelines d’énergie. Le moteur économique canadien s’est développé grâce à notre capacité de transporter l’énergie d’un océan à l’autre. »

 

L’énergie, le pétrole et le gaz canadiens transportés au Canada et aux États-Unis.
Les membres de la CEPA exploitent les 12 plus grands réseaux de transport énergétiques canadiens, qui s’étendent sur 134 000 km au Canada comme aux États-Unis. Cette infrastructure imposante et soigneusement conçue est essentielle à la distribution de l’énergie en Amérique du Nord, à la santé de notre économie et à la stabilité de notre mode de vie. Graphique fourni par l’Association canadienne de pipelines d’énergie © 2016

 


La sécurité d’abord

L’impressionnant bilan du secteur des pipelines en matière de sécurité est l’une des raisons qui font en sorte qu’ils demeurent la meilleure option pour distribuer le gaz et le pétrole, et ce, bien avant le transport routier et ferroviaire.

« La sécurité des pipelines est aussi importante pour notre industrie que pour la population canadienne », affirme Chris Bloomer. Le meilleur exemple de l’importance qu’accorde la CEPA à la sécurité est fort probablement son programme Priorité intégrité. Ce programme favorise la collaboration parmi les membres de la CEPA en vue de dépasser les exigences réglementaires et d’améliorer le rendement de l’industrie en ce qui concerne la sécurité des pipelines, la protection environnementale et les pratiques socioéconomiques, comme la création de liens solides avec les propriétaires terriens et les populations autochtones.

« Nos membres sont tenus de respecter les normes rigoureuses de rendement de notre programme pour faire partie de la CEPA », précise Chris Bloomer.
 

Une situation gagnant-gagnant pour les producteurs de l’Ouest et les raffineurs de l’Est

D’après l’Institut économique de Montréal, un réseau de pipelines vers l’Est du Canada protégerait les raffineries de potentielles ruptures d’approvisionnement du pétrole importé de pays instables politiquement. L’accès au brut de l’Ouest pourrait améliorer la compétitivité des raffineries de l’Est en leur offrant une plus grande sélection de pétroles et davantage d’options en ce qui a trait à la disponibilité, à la qualité et au prix du pétrole. Un approvisionnement sûr et une gamme de prix plus vaste pourraient également favoriser des investissements dans les nouvelles technologies, qui aideraient à leur tour les raffineries de l’Est à transformer le brut canadien plus lourd.

Dans l’Ouest, les producteurs de pétrole auraient accès à de nouveaux clients et obtiendraient un meilleur prix pour leur pétrole.

Bref, les pipelines assureraient la stabilité à long terme des raffineries de l’Est du Canada et un nouveau marché stable et lucratif aux producteurs de l’Ouest.

« Le monde a besoin du pétrole canadien, affirme Chris Bloomer de la CEPA, et le Canada a besoin de l’activité économique découlant du transport sécuritaire et efficace du pétrole. »