Opinions

AOÛT 2016

Peter Boag
Président-directeur général, Association canadienne des carburants

 

Quelle voiture? Quelle route?

Si tous les économistes du monde étaient alignés bout à bout, ils n’atteindraient jamais une conclusion.
                                                                                                        —George Bernard Shaw


Nous utilisons tous le langage des équivalences pour divertir, visualiser et exprimer des idées de manière originale afin d’aider notre auditoire à saisir des concepts complexes. Ce sont des raccourcis rhétoriques. Judicieusement utilisés, ils sont efficaces, faciles à comprendre, convaincants même.

         L’ensemble des réserves d’or mondiales remplirait trois piscines olympiques.

Le problème est que de tels raccourcis sont déficients à d’autres égards comme, par exemple, la précision dans les détails. En ce sens, ces équivalences ont plutôt tendance à obscurcir la réalité.

         Si on déroulait l’ADN de toutes les cellules de votre corps, on obtiendrait une chaîne qui mesurerait 
         environ deux fois le diamètre du système solaire.

À part confirmer le fait que la séquence d’ADN d’un individu est longue, une telle comparaison ne peut que donner le vertige. À quoi cela sert-il?

L’omniprésente équivalence de la « réduction du nombre de véhicules sur la route » a souvent un effet similaire. Elle est devenue la comparaison rhétorique de choix pour la mesure de l’incidence des activités de réduction des contaminants atmosphériques et des gaz à effet de serre (GES) au Canada, même lorsque ces mesures de réduction n’ont absolument rien à voir avec les transports. Nous avons tous rencontré une comparaison de ce genre :

         Cette réglementation assurerait une réduction des GES équivalente au retrait de 126 000 véhicules de
          la circulation.

Il est certain que la « réduction du nombre de véhicules sur la route » fait vibrer une corde en conditions de circulation intense. L’idée que dix ou vingt mille voitures disparaissent soudainement autour de nous semble alors carrément merveilleuse… en autant que la nôtre ne soit pas de ce nombre. 

Toutefois, de telles comparaisons sont-elles exactes et utiles? Ont-elles du sens? Commencent-elles même à tomber dans l’oreille d’un sourd ? Les comparaisons surutilisées perdent souvent leur efficacité et leur pertinence.

Comme le démontre le site Web Spurious Correlations de Tyler Vigen, les corrélations ne sont pas toujours synonymes d’équivalence logique. Pensez à quelques-uns de ses exemples de corrélations, qui vont du bizarre à l’absurde :

•    Ventes de voitures de tourisme aux É.-U. et exemplaires physiques de jeux vidéo vendus au R.-U.
•    Consommation de poulet par habitant et total des importations de pétrole brut des É.-U.
•    Nombre de personnes qui se noient dans des piscines et nombre de films dans lesquels Nicholas Cage est apparu

Sans être aussi farfelue que les exemples de Vigen, la corrélation établie entre la réduction du nombre de voitures et de camions sur la route et la qualité de l’air et la réduction des GES manque souvent de détails précis. Qui renoncerait à sa voiture? Pour combien de temps? Quel type de voitures? Quelles routes?

Dans l’ensemble, je pense que nous sommes prêts pour des comparaisons plus directes et plus significatives. Les messages visant à promouvoir des initiatives environnementales légitimes et à encourager le soutien et la participation du public doivent toucher l’auditoire par leur clarté et leur créativité et respecter la sensibilisation accrue des Canadiens à l’égard du changement climatique et de l’atténuation de son impact.

Tenons-nous en aux faits, évitons les corrélations éculées et non pertinentes et appelons un chat un chat.