Peter Boag

Président-directeur général, Association canadienne des carburants

Avril 2018


L’infrastructure énergétique devrait sous-tendre tout débat sur la réconciliation de nos aspirations économiques et environnementales

Le prolongement de l’oléoduc Kinder Morgan est actuellement le point de mire d’un débat de plus en plus polarisé qui concerne fondamentalement l’avenir de l’infrastructure énergétique cruciale du Canada.   Les opposants à l’expansion du pipeline disent que les risques environnementaux de sa construction sont trop grands, alors que selon ses partisans les risques économiques de sa non-construction sont trop importants.  
 
Bien que Kinder Morgan fasse actuellement l’objet d’un conflit très public, les enjeux et menaces qui entourent l’infrastructure énergétique critique du Canada sont beaucoup plus larges et ont de profondes ramifications pour l’avenir de notre pays.  
 
Le Canada et ses plus proches alliés définissent ainsi les infrastructures critiques : « Systèmes, actifs, installations et réseaux qui fournissent des services essentiels et sont nécessaires pour la sécurité nationale, la sécurité économique, la prospérité, ainsi que la santé et la sécurité d’une nation. »  De plus, ils identifient tous l’énergie comme étant l’un de cinq secteurs cruciaux, les autres étant les communications, les soins de santé et la santé publique, le transport et l’eau.  
 
L’énergie (et les services qu’elle assure – éclairage, chauffage et refroidissement, transport et puissance industrielle) est une pierre d’angle de notre société. Sans l’accès à ces services essentiels, nous serions forcés de retourner à une économie et à un niveau de vie bien différents de ce que nous connaissons actuellement. Les infrastructures essentielles critiques du Canada, dont les raffineries de pétrole, assurent cet accès.   
 
Le rôle que l’infrastructure énergétique joue dans nos vies quotidiennes devrait constituer le fondement de toute conversation ou de tout débat entourant la réconciliation de nos aspirations économiques et environnementales, y compris les processus d’approbation des nouvelles infrastructures énergétiques, la rapidité avec laquelle nous pouvons procéder à la conversion à de nouvelles sources d’énergie, ou encore les attentes de réduction des émissions d’installations d’infrastructure existantes telles que les raffineries.  
 
Tout changement perturbateur aura exactement un tel effet, celui de perturber les vies de millions de familles canadiennes qui comptent aujourd’hui sur notre infrastructure énergétique pour chauffer leurs foyers, faire le plein d’essence et alimenter leurs lieux de travail.  Tout examen authentique des antécédents du Canada en matière d’amélioration du bilan environnemental confirmera les résultats impressionnants d’une approche progressive, sous-tendue par l’amélioration continue et équilibrée par une aspiration à soutenir la croissance économique et à rehausser le niveau de vie.  
 
Deux rapports publiés la semaine dernière soulignent ce point. Dans le premier, par l’Institut Fraser, on constate qu’en dépit de déclarations contraires, le Canada a un excellent bilan environnemental en comparaison avec la plupart des autres pays de l’OCDE. Selon cette étude, le Canada se classe parmi les 10 premiers au sein des pays à revenu élevé pour ce qui est du bilan environnemental global. En bref, les Canadiens jouissent de hauts niveaux de qualité de l’environnement en termes absolus et en comparaison avec nos pairs de l’OCDE.
 
Dans le deuxième, en provenance de la province de l’Ontario, on signale que la qualité de l’air en Ontario s’est sensiblement améliorée au cours des 10 dernières années en raison d’importantes diminutions de substances polluantes telles que le dioxyde d’azote, le dioxyde de soufre et le monoxyde de carbone. Dans son Rapport sur la qualité de l’air en Ontario de 2016, le Ministère de l’Environnement et de l’Action en matière de changement climatique a également confirmé qu’il y a eu une importante diminution des particules fines émises directement dans l’atmosphère comme sous-produit de la combustion du carburant ou formées indirectement dans l’atmosphère par une série de réactions chimiques complexes.  
 
Reste-t-il plus à accomplir et pouvons-nous faire mieux pour nous-mêmes et pour les générations à venir? Oui, absolument. Pouvons-nous le faire sans mettre en péril la croissance économique et notre niveau de vie actuel?  Encore une fois, oui. Toutefois, les transitions viables prennent du temps. 

Cela me rappelle la fable du lièvre et de la tortue.