Opinion

Peter Boag
Président et chef de la direction
Association canadienne des carburants
Le 14 février,  2017

La divergence des politiques climatiques au Canada et aux États-Unis pourrait nuire à un accès fiable aux carburants


Les Canadiens tiennent pour acquis que les carburants de transport sur lesquels nous comptons sont disponibles partout et en tout temps quand nous en avons besoin. Pendant des décennies, notre confiance en la fiabilité de l’approvisionnement en carburant a été justifiée. 

Les fournisseurs de carburants du Canada ont d’excellents antécédents pour ce qui est de la fiabilité des raffineries, de l’intégrité de la chaîne d’approvisionnement et de la disponibilité du produit. Les pénuries de carburant sont rares, en général de courte durée et de nature locale. Presque toujours, les pénuries sont le résultat de problèmes de transport et de logistique provoqués par des conditions imprévues telles que des tempêtes majeures ou des pannes d’électricité. Lorsque des circonstances ou des événements imprévus se produisent, les raffineurs ont des plans d’urgence bien établis et éprouvés, conçus pour minimiser l’impact sur les consommateurs, assurant que du carburant soit toujours disponible pour satisfaire les besoins des services d’urgence.

La clé de cet approvisionnement fiable a été une industrie du raffinage canadienne vigoureuse et concurrentielle, partie intégrante de l’infrastructure énergétique essentielle du Canada, qui produit plus que suffisamment de carburant pour répondre aux besoins des Canadiens. De fait, depuis des années le Canada est un exportateur net de carburants, les États-Unis représentant notre marché d’exportation le plus important.

Alors, pas besoin de s’inquiéter, nous pouvons continuer à faire confiance à la fiabilité de notre approvisionnement en carburant, pas vrai? Pas si vite. Des politiques climatiques divergentes au Canada et aux États-Unis sont un obstacle potentiel qui pourrait changer cette situation, mettre en péril la fiabilité de l’approvisionnement en carburant et rendre les Canadiens dépendants d’importations de carburant en nous mettant à la merci d’une longue chaîne d’approvisionnement, en grande partie hors de notre contrôle.

Des carburants comme l’essence et le diesel sont des produits de base qui font l’objet d’échanges commerciaux internationaux. Les raffineries canadiennes sont en compétition directe pour s’emparer d’une part du marché, aussi bien sur le marché intérieur que sur les marchés d’exportation, avec des raffineries étrangères – en particulier, des raffineries situées aux États-Unis. Les pressions concurrentielles du marché international des carburants sont intenses. Des activités profitables qui assurent un rendement des investissements adéquat sont fonction d’un complexe ensemble de variables qui incluent la taille de la raffinerie, sa configuration et sa complexité, l’efficacité opérationnelle et les coûts de la conformité à la réglementation. Par le passé, la compétitivité des raffineries canadiennes face à leurs concurrentes américaines a bénéficié de l’étroite corrélation des réglementations environnementales canadiennes et américaines, qui assurait des coûts de conformité comparables de part et d’autre de la frontière. 

Des politiques climatiques divergentes au Canada et aux États-Unis viendront changer cette situation, imposant aux raffineries canadiennes des coûts du carbone que leurs concurrentes américaines n’auront pas à payer, ce qui rendra le coût du raffinage plus élevé au Canada. Au fil de l’érosion de la position concurrentielle des raffineries canadiennes, certaines ne seront probablement plus en mesure de réaliser un rendement adéquat des investissements et devront fermer. Les importations de carburant depuis les États-Unis ou un autre pays remplaceront l’approvisionnement intérieur, puisque nous continuerons à avoir besoin de ces carburants dans l’avenir prévisible. 

Qu’est-ce que cela signifie?

Si tout va bien, cela se fera « sans douleur » pour les Canadiens (sauf ceux dont les emplois dans des raffineries ou des secteurs connexes auront disparu). Toutefois, s’il survient des circonstances ou des événements imprévus qui perturbent la chaîne d’approvisionnement (événements géopolitiques, désastres naturels, etc.), nous ne serons pas une priorité pour nos fournisseurs étrangers. Même si nous l’étions, la longueur même de la chaîne d’approvisionnement poserait des défis pour une restauration rapide de l’approvisionnement. Il est clair qu’une telle déstabilisation de la fiabilité de l’approvisionnement n’est pas dans l’intérêt du Canada. De plus, cela ne comporte aucun avantage : la diversion des émissions de raffineries canadiennes fermées à des raffineries américaines ne contribue en rien à la réduction des émissions mondiales, les raffineries canadiennes comptant parmi les plus propres sur la planète et produisant certains des carburants les plus propres au monde.

Si l’on ajoute un autre obstacle tel que le potentiel de mesures protectionnistes de la part des États-Unis, comme un ajustement fiscal à la frontière, et notre approvisionnement intérieur fiable en carburants de transport pourrait plus rapidement encore devenir chose du passé.   En ces temps incertains, les dirigeants politiques canadiens doivent trouver un équilibre entre leurs ambitions de réduction des GES et les intérêts plus larges des Canadiens, y compris un accès fiable aux carburants.