Opinion

Peter Boag
Président et chef de la direction
Association canadienne des carburants
Le 19 janvier,  2017

Le moteur à combustion interne à encore bien des milles à parcourir


Dans le cadre de l’initiative pour réduire les émissions de GES dues aux transports, une école de pensée veut que nous assistions à la fin du voyage pour le véhicule propulsé par moteur à combustion interne alimenté par carburant classique. Il est vrai que les technologies de véhicules à énergie de remplacement font des progrès et parviennent à conquérir une part réduite mais croissante du marché des véhicules. Toutefois, pour paraphraser Mark Twain, les pronostics à propos de la mort du moteur à combustion interne sont grandement exagérés.  

Les récentes conclusions (janvier 2017) de l’Agence américaine de protection de l’environnement (EPA) sur la réalisabilité d’exigences d’efficacité et d’émissions de plus en plus strictes pour les carburants d’ici à 2025 le confirment amplement. Se basant sur un vaste éventail de sources de recherche et d’information, dont la recherche menée par l’Académie nationale des sciences (NAS) américaine, l’EPA conclut « qu’une grande variété de technologies efficaces sont disponibles pour réduire les émissions de GES des voitures et des camions légers et que les constructeurs d’automobiles sont bien positionnés pour se conformer aux normes jusqu’à l’année-modèle 2025 à des coûts moindres que prévu. »  L’EPA a observé que les constructeurs d’automobiles « ont mis au point et adopté des technologies d’économie du carburant à un rythme sans précédent. »

La conclusion de l’EPA s’accorde avec celle d’un rapport de recherche publié par le Massachusetts Institute of Technology (MIT) en novembre 2015 et intitulé On the Road toward 2050: Potential for Substantial Reductions in Light-Duty Vehicle Energy Use and Green House Gas Emissions (En route vers 2050 : Potentiel de réductions substantielles de la consommation d’énergie et des émissions des gaz à effet de serre des véhicules utilitaires légers). La conclusion du rapport est que « l’amélioration de la technologie dominante » a l’incidence à court terme la plus importante sur la réduction de la consommation de carburant et des émissions de GES. La recherche démontre que « les améliorations apportées aux moteurs à combustion interne, aux transmissions et à la technologie des véhicules grâce à la réduction du poids, de la traînée aérodynamique et de la résistance au roulement des pneus, assureront les plus importantes réductions de consommation de carburant et d’émissions de GES au cours des 20 prochaines années et plus. » 

Le rapport met en lumière les réalités chronologiques de la mise en application de la technologie par le biais d’une pénétration majeure du parc de véhicules. On y note que des changements radicaux de la technologie des véhicules dans un système aussi vaste que le parc de véhicules en utilisation (avec une durée de vie moyenne de 15 ans) prendront du temps et ne parviendront à conquérir une part du marché que si les véhicules de nouvelle technologie sont à prix concurrentiel. Dans ce contexte, la conclusion du rapport est que « l’incidence des sources d’énergie de remplacement comme l’électricité et l’hydrogène reste modeste, même si l’on projette 30 ans dans l’avenir. »  De plus, on considère la technologie de véhicules hybrides rechargeables (VHR) comme une voie d’avenir plus prometteuse que celle des véhicules électriques à batterie (VEB) pour ce qui est de la croissance de la part de l’électricité dans la consommation d’énergie pour les transports. 

Voilà qui me ramène à la citation de Twain paraphrasée plus haut. Dans les projections du rapport pour ce qui est des futures ventes de véhicules par type de moteur, les véhicules propulsés par moteur à combustion interne comptent pour 60 pour cent des ventes en 2050! 

À mes yeux, deux recommandations ressortent du rapport du MIT :  
  • On devrait mettre en œuvre des incitatifs commerciaux destinés à appuyer des véhicules à alimentation classique ayant des émissions progressivement réduites. 
  • L’électrification des véhicules est une stratégie potentiellement prometteuse mais nous devons être plus réalistes à propos de cette possibilité afin de pouvoir mieux comprendre les voies d’avenir les plus prometteuses.
Ces recommandations soutiennent la vision d’ensemble des chercheurs du MIT selon laquelle la réussite d’une stratégie de réduction des émissions de GES dues aux transports inclut l’amélioration des systèmes de propulsion et des technologies de véhicules déjà en place, la conservation de l’énergie par transition vers des modes de déplacement moins énergivores et l’exploitation plus efficace des véhicules, ainsi que par le passage (à long terme) à des sources d’énergie de remplacement.  

Entretemps, ici au Canada, des responsables des politiques s’acharnent avec zèle (et avec l’argent des contribuables) à promouvoir une coûteuse stratégie d’électrification des transports qui ignore les importantes réductions d’émissions qu’on peut réaliser à un coût modeste grâce aux progrès de la technologie dominante des moteurs à combustion interne. L’EPA et le MIT reconnaissent la viabilité et l’importance continues à long terme des transports alimentés par moteur à combustion interne… est-ce que l’idéologie se substitue aux faits comme facteur d’élaboration des politiques au Canada?