Opinion

Peter Boag
Président et chef de la direction
Association canadienne des carburants
Le 7 mars, 2017

Les préférences d’achat de voitures des Canadiens représentent une occasion manquée pour les responsables des politiques sur le changement climatique

En 2016, les Canadiens ont acheté environ deux millions de nouveaux véhicules, dont près des deux tiers étaient des fourgonnettes, des VUS ou des camionnettes. La préférence des Canadiens pour la catégorie des camions légers a connu une croissance constante. La dernière année ou les ventes de voitures de tourisme ont dépassé celles de camions légers était en septembre 2009; la catégorie des VUS grand format a connu sa plus importante croissance des ventes sur douze mois : 53,5 pour cent. À l’inverse, les ventes de compactes et de sous-compactes ont décliné de 7 pour cent et 11,7 pour cent, respectivement1. Entre-temps, on a enregistré l’achat de 10 839 véhicules électriques au Canada en 2016, ce qui représente une part totale des achats de véhicules de tourisme neufs d’à peine 0,56 pour cent2.

Ces chiffres de vente constituent un véritable dilemme pour les responsables des politiques fédérales et provinciales. De manière presque universelle, ils considèrent une électrification importante du parc de véhicules légers comme une composante majeure d’une série de stratégies climatiques visant à réduire les émissions de GES dues aux transports. Les objectifs de réduction pour 2030 – et même ceux pour   2020 – sont basés sur une pénétration rapide et substantielle du marché par les véhicules électriques. Pourtant, malgré de généreuses subventions à l’achat, les chiffres ci-dessus démontrent clairement que les Canadiens ne se sont pas laissé convaincre par cette vision. Nos préférences de véhicules sont fermement ancrées à la fiabilité et à la performance offertes par les véhicules à moteur à combustion interne classiques. 

Ces chiffres de vente représentent toutefois également une perspective d’avenir possible que les décideurs continuent d'ignorer.   

Les véhicules entraînés par des moteurs à combustion interne modernes de pointe actuellement disponibles sur le marché utilisent beaucoup moins de carburant et émettent beaucoup moins de GES que leurs prédécesseurs. Dans la plupart des segments de véhicules, l’économie de carburant s’est améliorée de plus de 20 pour cent au cours de la dernière décennie. Pour les VUS, l’amélioration se situe entre 25 et 30 pour cent. De plus, on s’attend à des progrès continus pour ce qui est de l’amélioration de l’efficacité énergétique et de la réduction des émissions dans un avenir prévisible. Les chercheurs et les ingénieurs découvrent des approches technologiques qui permettraient de réaliser une amélioration de 65 pour cent additionnels de l’efficacité énergétique des véhicules à moteur à combustion interne d’ici 2050, une avance considérable. 

L’autre composante de cette perspective d’avenir est l’âge moyen actuel des véhicules, qui est de près de 10 ans.   Les Canadiens conservent leurs véhicules plus longtemps que jamais auparavant. Du nombre des 22 millions de véhicules actuellement immatriculés au Canada, environ 1,5 million sont des véhicules qui datent d’avant 19953

Débarrasser la route des véhicules âgés gourmands en carburant plus rapidement et les remplacer par de nouveaux véhicules à moteur à combustion interne moins énergivores (et même par de nouveaux VUS à haut rendement énergétique) représente une occasion importante de réduire les émissions en tirant profit des préférences des consommateurs et en s’harmonisant avec elles. L’accélération du renouvellement du parc et la réduction de l’âge moyen des véhicules, même d’un an, devraient être une priorité politique pour les gouvernements.   

Les données montrent que les Canadiens veulent acheter les nouveaux véhicules à moteur à combustion interne : pourquoi ne pas offrir des incitatifs pour que de plus nombreux propriétaires de véhicules âgés décident de se procurer un nouveau véhicule à moteur à combustion interne économe en carburant et à émissions réduites? Du point de vue de la réduction des émissions, une telle stratégie serait beaucoup plus efficace et économique que l’approche actuelle consistant à offrir de généreuses subventions à l’achat de véhicules électriques dont il est clair que les Canadiens ne veulent pas.

 

1,3DesRosiers Automotive Consultants Inc.
2Green Car Reports, 2017