Opinions

Octobre 2016

Peter Boag
Président-directeur général, Association canadienne des carburants

Le moment est bien choisi pour réévaluer les politiques relatives aux biocarburants

 

On attribue souvent la chance et la malchance au « facteur temps ». Il peut s’agir du résultat d’un calcul stratégique ou du hasard des circonstances. Le rapport Corriger le tir : l’heure est venue de repenser les politiques canadiennes sur les biocarburants, publié récemment par la Commission de l’écofiscalité du Canada, a identifié le facteur temps comme élément clé de sa recommandation de mettre fin aux subventions pour la production de biocarburants et d’éliminer progressivement les mandats pour mélanges de biocarburants.  Pour les gouvernements, il s’agit d’une occasion de mettre au point des politiques climatiques économiques qui génèrent les résultats attendus : la réduction des émissions de GES dues aux transports.

L’examen des politiques sur les biocarburants de la Commission de l’écofiscalité contient des informations importantes pour les gouvernements.  Un investissement public intensif au cours de deux décennies et des obligations relatives aux exigences pour les mélanges de carburants n’ont entraîné que de modestes réductions des émissions de GES, à un prix élevé. Avec des coûts de réduction des GES variant de 180 $ à 437 $ la tonne pour l’éthanol et de 128 $ à 1 701 $ la tonne pour le biocarburant, les subventions et mandats relatifs aux biocarburants ne représentent pas un bon rapport coût/efficacité.  Ils imposent aux consommateurs canadiens et à notre économie des coûts qui éclipsent les prix du carbone de 30 $ à 50 $ la tonne déjà mis en œuvre ou envisagés par nos gouvernements fédéraux et provinciaux.  
 

« Une confrontation d`ìdées » 

Étant donné que les programmes de subventions à la production de biocarburants actuels viennent à échéance en 2017, et compte tenu de l’orientation croissante des politiques vers la tarification du carbone, le moment est également bien choisi pour ce que Corriger le tir appelle une « confrontation d’idées ». 

La trajectoire qui mène à une réduction des émissions de GES dues aux transports représente un défi complexe.  La réalisation de réelles réductions des émissions à moindre coût dans le secteur du transport exige une stratégie intégrée, étayée par une tarification du carbone uniforme et prévisible et soutenue par des politiques complémentaires technologiquement neutres qui permettent à cette confrontation d’idées de se dérouler à chances égales. 

L’innovation technologique est essentielle, y compris dans le domaine des carburants. N’oublions toutefois pas que les innovations des carburants à base de pétrole et des véhicules qui les utilisent continueront à assurer des réductions de GES de manière économique pendant encore bien des années.  Des améliorations de l’efficacité énergétique ne sont peut-être pas une proposition « spectaculaire » mais elles représentent le moyen le plus économique d’assurer la réduction des émissions.
  

Science, économie et transparence

Quel que soit le résultat de cette confrontation d’idées, les gouvernements doivent éviter les stratégies politiques coûteuses, inefficaces, trop complexes et non viables, bien illustrées par l’actuel dédale de subventions et de mandats pour biocarburants des gouvernements fédéraux et provinciaux. De solides principes scientifiques et économiques et la transparence devraient être des « règles du jeu » incontestées.  
Devons-nous tourner le dos aux biocarburants ?  Non. Ils font partie de l’éventail de choix et continueront à en faire partie dans l’avenir prévisible, particulièrement si l’on peut réaliser de réels progrès pour ce qui est de la production rentable des biocarburants de prochaine génération à partir de cultures non vivrières.  
Le rapport Corriger le tir de la Commission de l’écofiscalité représente une contribution judicieuse et opportune au dialogue sur la politique climatique.   

Pour ce qui est de la réévaluation des politiques relatives aux biocarburants, le moment est bien choisi.

Entrées de blogue associées de l’Association canadienne des carburants :
Concilier les coûts et les avantages des biocarburants 
Les véhicules actuels ne peuvent pas fonctionner uniquement avec du biocarburant. 
Vers une combinaison de carburants plus diversifiée
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