Opinions

Septembre 2016

Peter Boag
Président-directeur général, Association canadienne des carburants

 

Une histoire qui incite à la prudence : les conséquences inattendues d’un sprint « vert »
 

Il y a plus d’une décennie, l’Ontario s’est lancée tête baissée dans un virage « vert » en adoptant les énergies éolienne et solaire. Ainsi commence un récit qui porte à réfléchir, dans lequel la ruée vers l’écologisation a contribué à faire monter en flèche le prix de l’électricité en Ontario, une tendance qui donne peu de signes de se calmer. L’an dernier, le Vérificateur général de la province a constaté que les consommateurs avaient payé 37 milliards de dollars en trop pour leurs factures d’électricité entre 2006 et 2014. Certains Ontariens doivent maintenant choisir entre éclairer leur maison et nourrir leur famille. 

Vers le début du mois, le gouvernement ontarien a annoncé des plans pour exempter les factures d’électricité de la portion provinciale de la TVH – une subvention de 8 pour cent financée par les contribuables pour tous les consommateurs d’électricité. Les consommateurs ruraux admissibles recevront une réduction additionnelle de 20 pour cent. Il s’agit de la deuxième fois que le gouvernement intervient pour faire payer par les contribuables une portion de la facture des consommateurs d’électricité. Entre 2011 et 2015, en vertu de la Prestation ontarienne pour l’énergie propre, le gouvernement a pigé dans les poches des Ontariens pour offrir une remise de 10 pour cent.  Et maintenant l’Ontario vient d’annoncer qu’il annule la deuxième ronde de son processus d'approvisionnement d’énergie éolienne et solaire d’une valeur de 3,8 milliards de dollars.
 

Éviter les conséquences inattendues

Une bonne politique énergétique exige une analyse détaillée, des compromis et une bonne compréhension du fait que les changements de grande envergure prennent du temps et qu’on devrait les mettre en application prudemment. Ce sont là les leçons qui doivent prévaloir dans un plan d’ensemble pancanadien visant à combattre le changement climatique, en particulier pour ce qui est de la réduction de l’empreinte carbone des transports.

Les transports sont responsables d’environ 25 pour cent des émissions de gaz à effet de serre (GES) du Canada. Les transports routiers représentent deux tiers de ce pourcentage, une contribution qui est proportionnelle au rôle crucial que jouent les transports dans notre économie. Le mouvement des personnes et des biens est directement lié au PIB, à notre prospérité et à la qualité de vie des Canadiens.  

Une politique climatique des transports conçue et mise en œuvre de manière inadéquate pourrait entraîner des conséquences imprévues. Nous devons éviter de restreindre la mobilité personnelle des Canadiens et de limiter la capacité des entreprises d’expédier des marchandises vers des marchés de partout au Canada, ainsi que de participer aux chaînes d’approvisionnement mondiales.   

Une politique avisée qui a pour but d’assurer des réductions d’émissions significatives doit être basée sur une analyse économique crédible, sur une compréhension approfondie de la contribution qu’on peut attendre de manière réaliste de la technologie et de l’innovation, ainsi que sur une solide connaissance des attentes et des comportements des consommateurs.    
 

Des questions clés qui doivent obtenir des réponses

Le Canada s’est déjà bien engagé sur la voie d’une réduction des émissions de carbone des transports dans l'avenir. L’innovation technologique assure de rapides améliorations de l’efficacité des voitures et camions à moteurs à combustion interne et continuera dans cette voie dans l’avenir prévisible. L’optimisation de l’efficacité des véhicules classiques à moteurs à combustion interne demeure de loin le moyen le plus économique de réduire les émissions de GES. Les technologies de véhicules et de carburants émergentes joueront un rôle, mais on doit prendre en considération le rythme de leur développement, ainsi que celui de leur adoption par les consommateurs. Les nouvelles technologies peuvent-elles être à la hauteur de promesses et d’échéanciers ambitieux? Comment réagiront les consommateurs et les entreprises? Des coûts de réduction des GES de 100 $, 500 $ ou même 1 000 $ la tonne sont-ils rationnels et justifiables? Quels en seront les pleins impacts sur notre économie?

L’histoire de l’Ontario peut servir de mise en garde en soulignant la nécessité de formuler une politique climatique basée sur des réponses complètes à ces questions, afin d’éviter d’avoir à faire demi-tour. Évitons de nous lancer dans un sprint « vert » en direction d’une miroitante utopie et entreprenons plutôt un marathon réfléchi et déterminé pour parvenir dans l’avenir à une réduction des émissions de carbone qui soit économiquement et socialement viable.