Peter Boag

Président-directeur général, Association canadienne des carburants

Juin 2018


Le rôle de la préférence des consommateurs dans la réduction des émissions

Les comportements et les choix des consommateurs représentent tout à la fois un défi et une occasion pour ce qui est de l’effort de réduction des émissions de GES dues aux transports, en particulier dans le secteur des véhicules personnels et légers. Deux présentations auxquelles j’ai assisté lors de l’événement Reshaping Energy 2018 du Conference Board du Canada à Ottawa la dernière semaine de mai m’ont démontré à quel point cela est vrai.  

La première était faite par Dennis DesRosiers, l’éminent analyste de l’industrie automobile canadien.  Dennis observe de près le secteur de l’automobile depuis plus de 40 ans et il est l’homme à consulter par les gouvernements et le secteur privé pour tout ce qui concerne l’analyse et les prévisions dans le marché du secteur de l’automobile.  

Dennis a confirmé que les Canadiens deviennent propriétaires de véhicules à un rythme record. En l’an 2000, les propriétaires de véhicules représentaient environ 70 pour cent des personnes en âge de conduire; en 2017, cette proportion était supérieure à 87 pour cent.  Le résultat en est qu’il y avait 9,2 millions plus de véhicules sur la route en 2017 qu’en 2000.  En projetant jusqu’en 2030, cela signifie qu’il y aura 8 à 10 millions de véhicules additionnels sur les routes, une augmentation de près de 20 millions de véhicules entre 2000 et 2030.

Les véhicules à moteur à combustion interne (VMCI) ont dominé cette expansion majeure du parc de véhicules.  Depuis 2000, les Canadiens ont acheté environ 20 000 véhicules zéro émission et un peu plus de 220 000 véhicules hybrides; les ventes d’hybrides ont plafonné au cours des six dernières années.  

La forte préférence des consommateurs pour les VMCI a été expliquée dans une présentation de John German, agrégé supérieur à l’International Council on Clean Transportation (ICCT) qui, comme Dennis, compte plus de 40 années d’expérience dans l’industrie de l’automobile, avec comme point de mire l’économie de carburant et le bilan environnemental.  John a établi la distinction entre « utilisateurs précoces » et « consommateurs grand public », ces derniers étant beaucoup plus craintifs à l’égard du risque.  Il a confirmé qu’après 18 ans sur le marché, les hybrides n’ont pas fait la transition du marché des adopteurs précoces à celui des consommateurs grand public. 

Au-delà de cette aversion pour le risque, Desrosiers a noté que la« compatibilité écologique » se situe près du bas des mesures que les consommateurs recherchent lorsqu’ils achètent un véhicule (30e sur 33 facteurs).

Cela en dit long sur les futures perspectives de pénétration du marché des véhicules électriques à batterie (VEB) et sur la priorité accordée par les gouvernements à ceux-ci comme solution pour la réduction des émissions de GES. 

Si l’on combine cette préférence des consommateurs pour les VMCI à la très importante augmentation de la durée de vie prévue d’un véhicule au Canada (il faut maintenant entre 20 et 25 ans avant que 90 pour cent des véhicules soient mis au rebut), il est clair que les VMCI continueront à dominer le parc de véhicules pendant encore plusieurs décennies.   Même si les véhicules électriques connaissent autant de succès que certains le prédisent, ils ne représenteront toujours qu’une très faible proportion du parc global de véhicules sur la route.

Pour M. DesRosiers, le « résultat net » de tout ceci pour la réduction des émissions est que « l’incidence totale sera négligeable. »  M. German a également noté les défis pour les VEB, soulignant que ce seront les consommateurs grand public qui détermineront le succès de la transition des groupes propulseurs, et non les utilisateurs précoces. 

MM. DesRosiers et German ont tous deux convenu de l’amélioration rapide et continue de l’efficacité sur le plan du carburant et des émissions des VMCI, ainsi que de l’opportunité que cela représente pour la réduction des émissions. M. German a décrit comment les constructeurs de VMCI réalisent de grands bonds technologiques, certains ayant déjà atteint en 2018 les normes d’efficacité énergétique requises d’ici 2022.  À court terme, des technologies telles que la désactivation dynamique des cylindres et les moteurs à essence à allumage par compression assureront des hausses d’efficacité de 20 à 30 pour cent.  

J’ai noté deux politiques à retenir des présentations de Desrosiers et German.  
  1. Les gouvernements ne devraient pas essayer de déterminer les technologies « gagnantes ».  Ils devraient plutôt établir des normes basées sur le rendement et exploiter le pouvoir du marché (choix des consommateurs) pour déterminer les solutions préférées.
  2. Les gouvernements devraient mettre en œuvre des mesures visant à encourager l’achat d’un véhicule neuf de n’importe quel type, puisque tous les nouveaux véhicules sont beaucoup plus économes en carburant que ceux qu’ils remplacent.