Opinion

Peter Boag
Président et chef de la direction
Association canadienne des carburants
Le 9 mai, 2017

Le rêve californien

La Californie est devenue l’utopie pour les responsables canadiens de l’élaboration des politiques climatiques et leurs aspirations d’atteindre leurs objectifs de réduction des GES. Le Québec et l’Ontario ont harmonisé leurs systèmes de plafonnement et d’échange avec celui du « golden state » et procèdent à des enchères de permis conjointes (l’Ontario ajoutera ses enchères de permis en 2018). La norme de carburant à faible teneur en carbone (LCFS) de la Californie est un modèle qui a trouvé des adhérents en C.-B. et parmi les participants aux discussions fédérales actuelles sur une norme de carburant propre.  

Le mois dernier, Mme Catherine McKenna, ministre de l’Environnement et du Changement climatique du Canada, a passé une semaine en Californie, où elle s’est familiarisée avec le terrain, a côtoyé le milieu des affaires de Silicon Valley et a chanté les louanges du leadership de la Californie dans la lutte contre le changement climatique. Sa visite est un autre exemple de cet engouement apparent des politiciens canadiens pour la politique climatique californienne qui remonte à plus de 10 ans, au moment de la rencontre à Toronto du premier ministre ontarien Dalton McGuinty et d’Arnold Schwarzenegger, gouverneur de la Californie.

L’amarrage de notre politique climatique à celle de la Californie menace la compétitivité du Canada. Pour ce qui est de l’activité économique canadienne, les liens entre le Canada et la Californie ne sont pas des plus importants. Le commerce bilatéral entre le Québec et la Californie compte pour moins de 5 % de ses échanges bilatéraux avec les États-Unis. Pour ce qui est de l’Ontario, les chiffres sont plus élevés, soit environ 10 %. Cela est loin de constituer trois territoires fonctionnant « comme une entité économique », selon les termes utilisés en décembre 2016 par M. Glen Murray, ministre de l’Environnement et du Changement climatique de l’Ontario.   

Pour les producteurs canadiens, les états les plus importants pour ce qui est de la compétition et des échanges commerciaux sont des états tels que le Michigan, New York, l’Ohio, la Pennsylvanie et ceux de la Nouvelle-Angleterre. Imposer aux entreprises canadiennes des coûts du carbone alignés avec ceux de la Californie sape leur compétitivité dans les marchés intérieurs et dans les marchés d’exportation américains importants. Pour les raffineries canadiennes à forte intensité énergétique et exposées à la concurrence qui sont en compétition avec des raffineries situées dans des états de la côte du golfe du Mexique - Texas, Louisiane et Mississippi -, des coûts du carbone résultant de politiques climatiques « faites en Californie » rendent plus difficile la tâche de préserver leur compétitivité tout en demeurant économiquement viables et les exposent à des fermetures. La situation pourrait encore s’empirer. Un projet de loi californien vient considérablement hausser la barre en proposant un nouveau régime de plafonnement et d’échange post 2020 qui, s’il est adopté, imposera aux entreprises des coûts encore beaucoup plus élevés.    

L’ironie pour les responsables des politiques canadiennes est que la fermeture de raffineries canadiennes contribuera à leurs propres objectifs de réduction des GES mais ne fera rien pour réduire les émissions mondiales. En fait, elle les fera augmenter. Les carburants produits au Canada proviennent de certaines des raffineries les plus propres au monde. Le remplacement de l’approvisionnement « fait au Canada » par des carburants importés provenant de raffineries qui produisent plus d’émissions est une stratégie « pas dans ma cour » perverse qui ne permet en rien de combattre le changement climatique.

Nous sommes peut-être déjà témoins de l’incidence de l’érosion de la compétitivité des raffineries canadiennes. Au cours de la dernière décennie, la balance commerciale de nos échanges de produits raffinés avec les États-Unis a connu un déclin. C’est une courbe irrégulière mais la tendance est indéniable. En 2016, le surplus de nos échanges de produits raffinés a été la moitié de ce qu’il était en 2007. Au cours de cette même période, deux raffineries canadiennes ont fermé leurs portes.  

Nous devons sérieusement réexaminer l’alignement de notre politique climatique avec celle de la Californie. Le rêve californien pourrait sembler merveilleux un jour d’hiver mais les risques économiques pour les entreprises et les emplois au Canada sont bien réels.