Opinions

Novembre 2017

Peter Boag
Président-directeur général, Association canadienne des carburants

Tout ce qui brille n’est pas or


Beaucoup considèrent les voitures électriques comme la solution pour réduire les émissions de GES dues aux transports. Les partisans des véhicules électriques les considèrent comme des « véhicules zéro émission », justifiant d’importantes subventions pour leurs acheteurs et l’infrastructure de recharge et, dans certains territoires, comme le Québec, des quotas de ventes obligatoires pour les constructeurs de véhicules. Le coût de ces subventions a été bien documenté dans une récente analyse réalisée par l’Institut économique de Montréal (IEDM). L’IEDM a également fait valoir avec force que les quotas de ventes sont une taxe déguisée.  

L’évaluation classique du rapport coût-efficacité d’une stratégie de réduction des émissions de GES comme l’électrification des véhicules est étayée par l’analyse du cycle de vie (ACV), une évaluation quantitative à des fins de comparaison des émissions produites au cours de la trajectoire complète de production et de consommation de l’énergie. Pour les véhicules électriques à batterie (VEB), cela inclut toutes les émissions produites par la production et la transmission de l’électricité; il ne s’agit pas seulement d’émissions de gaz d’échappement « zéro ». En fonction du mode de production de l’électricité – charbon, gaz naturel, nucléaire, énergie hydraulique, énergie éolienne, etc. – les émissions au cours du cycle de vie d’un VEB peuvent être considérables et approcher, ou même dépasser, celles d’un véhicule à moteur à combustion interne à essence sur une base ACV comparable.   

Récemment, certains scientifiques ont élargi l’approche ACV classique au-delà de la production et de la consommation de carburant pour inclure la quantification et la comparaison des émissions de GES résultant de la production du véhicule et de sa mise au rebut en fin de vie utile.   Cette approche « du berceau au tombeau » permet de faire certaines observations intéressantes à propos de l’efficacité de l’électrification des véhicules en tant que stratégie de réduction des émissions de GES. Selon l’Union of Concerned Scientists (É.-U.), la production d’un VEB résulte en des émissions de GES de 15 à 68 pour cent plus élevées que la production d’un véhicule à moteur à combustion interne classique, en fonction de la taille et de la performance du véhicule. La mise au rebut des batteries en fin de vie demeure un problème non résolu qui a des implications additionnelles pour ce qui est des émissions. 
 
Les chercheurs de l’Université norvégienne de sciences et de technologie ont conclu que lorsqu’on prend en considération les émissions dues à la production, à l’exploitation et à la fin de vie des véhicules et des batteries, les réductions nettes d’émissions attribuables aux VEB sont semblables à celles d’un véhicule à moteur à combustion interne de l’année-modèle 2015 de taille comparable et, si l’on considère le profil de production d’électricité européen moyen, ces réductions ne se réalisent qu’au bout de 80 000 kilomètres parcourus pour les petites voitures, 120 000 pour les voitures de taille moyenne. Dans le cas de l’électricité produite à partir de gaz naturel, ces réductions d’émissions nettes ne se réalisent qu’à partir de 90 000 et 130 000 kilomètres parcourus. Si le carburant utilisé pour produire l’électricité est le charbon, les émissions de GES des VEB sont bien supérieures à celles de véhicules à moteur à combustion interne comparables au cours de la durée complète de service estimée pour toutes les tailles de véhicules.  

Cette analyse ne présume aucun gain additionnel d’économie de carburant pour les véhicules à moteur à combustion interne. Compte tenu de l’amélioration continue des véhicules à moteur à combustion interne prévue au cours des années à venir, ces distances de réduction des émissions nettes continueront donc à s’allonger au point que, pour de nombreux VEB, des réductions nettes d’émissions pourraient ne jamais être atteintes.

La quête aveugle d’un programme d’électrification sans une analyse solide et transparente des réductions d’émissions réalisées risque de se terminer par un déplorable cas de remords de l’acheteur. Cette solution magique pourrait bien se révéler n’être qu’un rutilant mirage.

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