Peter Boag
Président-directeur général, Association canadienne des carburants

Octobre 2019

Dans l’intérêt national

Tout comme vous, je suis encore en train de me remettre d’une campagne électorale de 40 jours au terme de laquelle les Libéraux ont perdu leur majorité au parlement. Les élections sont par nature un exercice partisan mais l’élection de 2019 a établi une nouvelle norme, dans un sens plutôt défavorable, les régions étant profondément divisées à l’égard de nombreuses questions, dont l’énergie et le changement climatique.

Pensons à ce qui suit :
En dépit du fait qu’il ait obtenu une importante minorité, le Parti libéral a été entièrement balayé en Alberta et en Saskatchewan. Bien que les enjeux aient été nombreux, il ne fait aucun doute qu’un facteur clé a été l’apparente incapacité du gouvernement Trudeau à mettre en application des politiques qui favoriseraient le secteur pétrolier et gazier en améliorant l’accès au marché et en encourageant de nouveaux investissements. Tout cela en dépit du fait que le gouvernement libéral a acheté le pipeline Trans-Mountain au cours de son dernier mandat et demeure engagé envers le projet d’agrandissement (TMX), engagement que le premier ministre a réitéré la semaine dernière.

Les conservateurs − qui ont terminé en deuxième place pour ce qui est du nombre de députés élus mais qui ont remporté le vote populaire, surtout en raison de leurs politiques en faveur du secteur pétrolier et gazier et de l’imposant compte de votes obtenu en Alberta et en Saskatchewan – proposaient d’annuler le régime fédéral actuel de tarification du carbone et n’offraient que peu de détails concernant une autre option de programme en matière de changement climatique.
 
Par la même occasion, le NPD et le Bloc Québécois se sont vigoureusement opposés au projet TMX et à tout nouveau projet de pipeline et ont exploité cette position auprès des électeurs de la Colombie-Britannique et du Québec, respectivement, pour discréditer la résolution des libéraux de passer à l’action à l’égard du changement climatique. Pendant ce temps, le NPD et le Parti Vert ont tous deux officiellement pris position en faveur de nouveaux projets de raffinage du pétrole intérieurs. En fait, la plateforme du NPD contenait l’engagement de « prioriser la valorisation et le raffinage au pays », et pourtant les deux partis s’opposent aux projets de pipelines nécessaires pour permettre aux raffineries de l’Est du Canada d’accéder au brut canadien.
Mme Kim Campbell, ancienne première ministre, est malheureusement bien connue pour avoir dit qu’une « élection n’est pas un bon moment pour discuter d’enjeux importants » et la campagne de 2019 s’est étroitement conformée à cette norme.

Les discussions relatives aux enjeux énergétiques ont été peu nombreuses et se limitaient à des extraits sonores sans substance et parfois contradictoires. Néanmoins, la simple mention du secteur du raffinage et de projets d’infrastructure énergétique de soutien comme TMX par ceux qui défendent également des mesures efficaces de lutte contre le changement climatique constitue une raison d’espérer que le rôle de l’énergie à l’égard de la prospérité des Canadiens représente un terrain d’entente en vue de l’adoption d’un agenda pragmatique qui dessert nos intérêts nationaux.
  
Les Canadiens de toutes les régions du pays, villes, banlieues ou campagnes, sont concernés par cet enjeu. L’énergie fait tourner notre économie et soutient notre prospérité. Le secteur de la production et de la distribution de l’énergie fournit à des centaines de milliers de Canadiens des emplois de haute qualité et est la destination de milliards de dollars en investissements chaque année, dont une grande partie est destinée à l’innovation. Les produits énergétiques comme les carburants pétroliers gardent en mouvement tous les secteurs de notre économie, de l’agriculture jusqu’à l’exploitation forestière, aux mines, au tourisme et à l’expédition de marchandises. De plus, ils rendent possibles nos déplacements quotidiens, nos courses de tous les jours, nos voyages de vacances bien mérités, et bien plus. L’essence même de notre société exige l’accès à une source d’énergie fiable, pratique et abordable 24 heures sur 24, 7 jours sur 7.
 
Le changement climatique est réel et, comme l’a démontré la récente campagne électorale, constitue un enjeu essentiel de notre époque. Les Canadiens ont voté en grande majorité pour l’adoption de mesures de lutte contre le changement climatique. Toutefois, tout programme en matière de changement climatique qui ignore nos réalités énergétiques cause du tort à tous les Canadiens.   C’est là que le pragmatisme est essentiel pour dépasser les débats politiques partisans de la récente campagne électorale et élaborer une stratégie efficace et réalisable capable de durer au-delà du prochain cycle politique.
   
Il est certain que l’avenir n’est pas le statu quo d’aujourd’hui. Notre avenir dépend d’un changement évolutif, et les raffineurs canadiens s’activent déjà à mettre au point les solutions de demain, mais un changement perturbateur qui ignore les répercussions pratiques sur nos vies quotidiennes n’est pas dans le meilleur intérêt des Canadiens. 

Dans le prochain parlement, nous encourageons les députés de tous les partis à travailler ensemble pour trouver un terrain d’entente et élaborer un plan d’action pragmatique qui a « tout pour réussir ». Un plan d’action qui s’élève au-dessus de la rhétorique de campagne, des parts de votes et des divisions régionales et est au service de notre intérêt national. Voilà un programme que nous appuierons sans réserve!

 Canadian Fuels Association