Peter Boag
Président-directeur général, Association canadienne des carburants

Septembre 2019

Établir des objectifs à l’égard du changement climatique : assez de faux espoirs

L’établissement d’objectifs de réduction des émissions de GES en l’absence d’un plan sérieux et crédible pour les atteindre a été un problème récurrent pour les gouvernements fédéraux, sans égard à l’allégeance politique.

De Rio à Kyoto, Copenhague et maintenant Paris, les antécédents du Canada démontrent que le pays a régulièrement signé des accords internationaux et pris des engagements de réduction des émissions qui n’ont pas été tenus. Certes, le verdict n’a pas encore été rendu quant à la réalisation des engagements du Canada dans le cadre de l’Accord de Paris mais les propres données du gouvernement fédéral démontrent que l’objectif est sérieusement compromis. Plus tôt cette année, Environnement et Changement climatique Canada prévoyait que même dans le meilleur des cas (en prenant en compte des politiques déjà en place et d’autres qui sont « en cours de développement mais n’ont pas encore été pleinement mises en application »), le total de nos émissions en 2030 ne sera que de 19 pour cent inférieur au niveau de 2005. En d’autres mots, toutes les politiques relatives au climat qui étaient à l’étude en janvier de la présente année ne nous permettraient de parcourir que les deux tiers du trajet nécessaire pour atteindre l’objectif du Canada en vertu de l’Accord de Paris, c’est-à-dire 30 pour cent sous le niveau de 2005 d’ici 2030.  

Nous sommes pourtant en plein milieu d’une campagne électorale fédérale dont la politique climatique est l’un des thèmes centraux mais tous les partis et leurs chefs ne font que perpétuer le problème d’un « objectif sans plan crédible ».

Le NPD s’engage à augmenter l’objectif du Canada à 38 pour cent sous le niveau de 2005 d’ici 2030. Les Verts surenchérissent en proposant une réduction de 60 pour cent par rapport au niveau de 2005 d’ici 2030. Les Libéraux veulent maintenir notre objectif actuel pour 2030 mais se sont engagés à « zéro émissions nettes » d’ici 2050. Dans chacun des cas, les cibles s’accompagnent de vagues propositions de politiques comportant des écarts majeurs entre l’objectif visé, les résultats réalisables et les obstacles pratiques à surmonter, et n’offrant que peu de transparence quant aux coûts pour la société. Sans prendre d’autres engagements au-delà de l’objectif actuel et probablement inatteignable de 30 pour cent sous le niveau de 2005 d’ici 2030, les Conservateurs veulent annuler en grande partie le plan fédéral actuel mais restent vagues quant à la manière dont ils nous feraient atteindre la cible. 

La réponse de Mme Catherine McKenna, ministre de l’Environnement et du Changement climatique, aux questions des médias à propos de la manière dont les Libéraux comptent atteindre leur objectif de « zéro émissions nettes » est peut-être le meilleur exemple de l’écart entre les cibles, les plans et les résultats concrets : « Si nous sommes réélus, nous étudierons la meilleure manière d’atteindre cet objectif. »

Comment en sommes-nous arrivés là? Dans un récent rapport de l’initiative Positive Energy de l’Université d’Ottawa, on identifiait un « dangereux optimisme » – l’incapacité de comprendre et de prendre en compte les réalités politiques, économiques et sociales d’un changement à grande échelle – comme étant la cause profonde de cet écart.   Les activités de consommation et de production d’énergie qui sont responsables de 80 pour cent des émissions de GES du Canada sont le thème central du rapport. On y met en évidence le problème que pose le fait de mettre l’accent sur la faisabilité technique tout en sous-estimant, et même en ignorant, « le contexte réel de la politique, des demandes des citoyens, des attentes des consommateurs et de la confiance des investisseurs ».

Les objectifs ambitieux qui manquent de transparence quant à la manière de les atteindre ou qui ignorent leurs conséquences pratiques sur la vie quotidienne des citoyens font sans doute d’excellents extraits sonores lors d’une campagne électorale mais ils font peu pour inspirer une confiance soutenue dans la capacité des gouvernements et des politiciens de s’attaquer au véritable défi du changement climatique. Au moment où nous amorçons les dernières semaines de cette campagne électorale, exigeons plus des politiciens et tenons-les responsables de présenter des plans crédibles, réalisables et transparents pour accompagner leurs objectifs à l’égard du changement climatique.

 Canadian Fuels Association