Survivre et propérer

Depuis plus de 30 ans, les trois mots les plus importants dans le secteur de l’automobile sont qualité, qualité et qualité. Cela signifie que les consommateurs ont conservé leurs véhicules plus longtemps et que l’efficacité énergétique a continué à s’améliorer.

Dennis DesRosiers

Dennis DesRosiers est analyste et Président de DesRosiers Automotive Consultants.

Les Japonais ont vendu leurs premiers véhicules au Canada en 1965 et ont commencé à s’emparer d’une importante part du marché dans les années 70 et 80. Il est clair qu’en une période de prix élevés du carburant l’économie d’essence a sans doute contribué à la popularité de ces véhicules mais de nombreuses études ont identifié la qualité d’ensemble du produit comme étant la clé du succès des constructeurs japonais.

En raison de cette perte de part du marché, les autres constructeurs étaient déterminés à améliorer la qualité de leurs véhicules. On a investi des milliards de dollars dans cet effort. Lorsque la puissance du secteur de l’automobile cible un objectif particulier, l’industrie réussit. Toutes les mesures disponibles indiquent que les véhicules actuels sont beaucoup mieux construits que ceux d’il y a une décennie, sans mentionner ceux d’il y a deux ou trois décennies.

Les durées de service des véhicules ont sensiblement augmenté entre 2000 et 2017.

Des véhicules de plus haute qualité qui durent plus longtemps

La mesure associée que j’aime consulter est la durée de service des véhicules. Nous mesurons cette durée avec énormément de précision. Nous connaissons le nombre exact des véhicules de toutes les marques et de tous les modèles vendus au Canada chaque année depuis plus de 30 ans. Nous connaissons également, par marque et par modèle, le nombre exact de véhicules qui étaient encore sur la route au Canada en juillet 2017. En divisant ces deux nombres, on obtient la durée de service.

Le tableau 1 montre l’importante amélioration réalisée depuis le début du siècle. La durée de service de toutes les marques a augmenté pour la majorité des périodes examinées. Cela est particulièrement clair dans le cas des véhicules âgés de 15 ans. En l’an 2000, 26,8 pour cent des véhicules de marques de Détroit survivaient 15 ans d’utilisation par rapport à 21,7 pour cent pour les marques japonaises, 41,7 pour cent pour les marques européennes et seulement 4,0 pour cent pour les marques coréennes. En passant à l’année 2017, on constate des augmentations considérables chez tous les constructeurs : la durée de service pour les marques de Détroit est passée à 46,0 pour cent, à 62,5 pour cent pour les marques japonaises, à 73,9 pour cent pour les marques européennes et à 21,9 pour cent pour les marques coréennes.

 

Tableau 1 : Durées de vie par groupes de grandes marques en 2000 par rapport à 2017

Tableau 1 : Durées de vie par groupes de grandes marques en 2000 par rapport à 2017

 

Qu’est-ce que les durées de service ont à voir avec la demande de carburant?

En premier lieu, bien que ces véhicules plus âgés aient été en général bien construits, leur efficacité énergétique moyenne était faible en comparaison avec les modèles actuels; plus le nombre de ces véhicules qui demeure actuellement sur la route est élevé, plus la demande en carburant est forte. Deuxièmement, l’efficacité énergétique d’un véhicule se détériore au fil du temps par rapport à sa classification initiale. Il est difficile de dire de combien mais il est raisonnable de supposer une réduction de 15 pour cent après environ une décennie d’ utilisation. Il est probable que cette diminution de l’économie de carburant a contribué également à la croissance de la demande de carburant. Troisièmement, des durées de service prolongées signifient que la disponibilité sur le marché de véhicules plus âgés à moindre prix a augmenté sensiblement entre 2000 et 2017. On considère que ce marché à la baisse pour des véhicules d’occasion abordables est la principale raison pour laquelle le nombre de propriétaires de véhicules parmi la population en âge de conduire a augmenté à partir de moins de 70 pour cent en 2000 jusqu’à plus de 85 pour cent en 2017. Il en résulte qu’il y a aujourd’hui au Canada plus de neuf millions de véhicules additionnels sur la route par rapport à 2000.

Bien qu’il puisse paraître contre-intuitif de pénaliser la qualité d’ensemble des véhicules en retirant des véhicules plus âgés de la circulation, la promotion du choix de nouveaux véhicules à haute efficacité énergétique pourrait être le meilleur moyen de réduire la demande de carburant et les émissions associées.