L’opportunité des biocarburants au Canada ne peut pas reposer sur les importations

Dans une économie mondiale plus fragmentée et protectionniste, compter sur les importations pour satisfaire aux obligations nationales en matière de conformité n’est pas une stratégie viable à long terme.

Au cours de la dernière année, le paysage énergétique mondial a connu des bouleversements spectaculaires.

Les tensions commerciales se sont intensifiées. L’instabilité géopolitique s’est aggravée. Et la volatilité du marché de l’énergie est désormais un élément déterminant de l’économie mondiale. La perturbation au Moyen-Orient et l’instabilité affectant les expéditions à travers le détroit d’Ormuz ont provoqué des ondes de choc sur les marchés mondiaux du pétrole brut, soulignant une dure réalité : la sécurité énergétique n’est plus une considération politique secondaire.

Elle est désormais au cœur de la stabilité économique, de l’abordabilité et de la résilience nationale.

Ces pressions ont frappé le Canada de plein fouet. En cas de flambée des prix de l’énergie, les ménages, les entreprises et les gouvernements en subissent immédiatement les conséquences. Les préoccupations liées à l’abordabilité passent rapidement au premier plan, façonnant les attentes du public et les priorités politiques.

Ce changement redéfinit également les conversations autour des biocarburants.

Pendant des années, elles ont porté principalement sur la réduction des émissions. Cet objectif demeure fondamental. Mais dans l’environnement actuel, les discussions sur les carburants à faible intensité de carbone portent d’abord sur l’abordabilité et la sécurité énergétique, puis sur la décarbonisation.

Ce n’est pas un recul par rapport aux objectifs climatiques. Si nous voulons que la transition soit durable, nous devons prendre en compte ces trois aspects.

Alors que la demande pour les biocarburants — tels que l’éthanol, le diesel renouvelable ou d’origine biologique, et le carburéacteur durable — continue de croître, le Canada fait face à un défi de taille. Malgré des signaux de demande forts provenant du Règlement sur les combustibles propres, le Canada reste largement dépendant des importations – principalement des États-Unis – pour satisfaire une grande partie de ses besoins en biocarburants.

Cette dépendance comporte des risques.

Les changements de politique aux États-Unis, y compris l’augmentation des obligations en matière de carburants renouvelables et les restrictions potentielles sur certaines matières premières, resserrent déjà l’approvisionnement et augmentent la concurrence pour les produits disponibles. Dans une économie mondiale plus fragmentée et protectionniste, compter sur les importations pour satisfaire aux obligations nationales en matière de conformité n’est pas une stratégie viable à long terme.

La conformité à l’importation n’est pas la même chose que la sécurité énergétique nationale.

Le Canada possède tous les ingrédients nécessaires pour devenir un chef de file mondial dans la production de carburants à faible intensité de carbone. Nous disposons de ressources naturelles abondantes et de matières premières issues de la biomasse. Nous possédons une expertise de classe mondiale dans le raffinage et la production de carburant. Nous disposons d’une infrastructure solide, de chaînes d’approvisionnement intégrées et d’une main-d’œuvre hautement qualifiée.

Ce dont nous avons besoin maintenant, c’est d’un environnement politique à la hauteur de ce potentiel.

Heureusement, il existe plusieurs solutions pratiques, ciblées et réalisables.

Le Canada n’a pas nécessairement besoin de programmes de dépenses massifs pour libérer des investissements dans la production de carburants à faible intensité de carbone. Ce dont l’industrie a le plus besoin, c’est de prévisibilité : un environnement réglementaire stable, un climat d’investissement compétitif et un système de conformité plus simple et plus efficace.

Des améliorations ciblées aux Règlements sur les combustibles propres pourraient aider à stimuler la production nationale tout en améliorant l’accessibilité et en renforçant la sécurité énergétique. Des mesures telles que des incitatifs liés à la nouvelle capacité de production canadienne, une plus grande flexibilité dans les mécanismes de conformité et des processus réglementaires simplifiés aideraient à réduire l’incertitude des investissements et à améliorer la compétitivité.

Ce ne sont pas des changements radicaux. Mais ils pourraient avoir une incidence considérable.

Il ne s’agit pas uniquement de conformité aux règlements. Il s’agit de développer une capacité canadienne à long terme, de réduire la dépendance à l’égard des approvisionnements étrangers et de positionner notre pays pour la croissance économique dans un marché mondial de l’énergie de plus en plus compétitif.

Le Canada se trouve à un carrefour stratégique.

Nous pouvons continuer à dépendre de l’approvisionnement externe et accepter une vulnérabilité croissante aux perturbations mondiales. Ou nous pouvons saisir ce moment pour renforcer la production nationale, consolider la sécurité énergétique et positionner le Canada comme un leader à la fois dans les carburants conventionnels et à faible intensité de carbone.

Nous possédons les ressources. Nous possédons l’expertise. Nous en avons l’occasion.

À nous de la saisir.