Perspectives de l’industrie : Erik Sullivan sur le potentiel des carburants renouvelables au Canada
Le secteur canadien des carburants de transport a l’occasion de miser sur les infrastructures existantes, de renforcer la production nationale et de faire progresser les options de carburants à plus faible intensité carbone. Les activités de raffinage conventionnel et de production de diesel renouvelable de Tidewater Midstream à Prince George, en Colombie-Britannique, illustrent comment les capacités actuelles peuvent contribuer à l’évolution de l’approvisionnement en carburants au Canada.
Dans cette entrevue de la série Perspectives de l’industrie, Erik Sullivan, directeur général, Énergies renouvelables chez Tidewater Midstream, nous fait part de son point de vue sur le rôle du diesel renouvelable dans le bouquet énergétique canadien, les possibilités d’accroître la production en tirant parti des infrastructures existantes et les conditions nécessaires pour attirer des investissements dans la production nationale de carburants renouvelables. Il se penche également sur les possibilités émergentes, notamment le carburant d’aviation durable (CAD), et sur le rôle que le Canada peut jouer pour répondre à l’évolution des besoins énergétiques du secteur des transports.
Q : Erik, pour commencer, parlez-nous un peu de votre rôle à l’installation de production de diesel renouvelable de Tidewater à Prince George. En quoi consiste votre travail au quotidien?
Je suis directeur général, Énergies renouvelables, et je supervise l’exploitation sécuritaire, stable et fiable de l’usine de diesel renouvelable issu de l’hydrogénation (HDRD) à Prince George. Au quotidien, je travaille en étroite collaboration avec plusieurs services pour évaluer le rendement de l’usine, résoudre les problèmes et établir les priorités. Certaines journées sont consacrées au dépannage d’équipements ou de procédés, tandis que d’autres portent sur la planification des travaux d’entretien et des arrêts planifiés, l’examen des budgets et le suivi de nos objectifs à long terme. Ma formation est en génie et en entretien, donc j’apprécie l’aspect technique de mon travail. Je suis également responsable de veiller à ce que mon équipe dispose du soutien et de l’encadrement nécessaires pour réussir.
Q : Pour quelqu’un qui n’a jamais visité une installation de production de diesel renouvelable, que se passe-t-il à l’usine de Prince George, qu’y produit-on et pourquoi cette installation est-elle importante pour la région?
L’usine de diesel renouvelable issu de l’hydrogénation (HDRD) de Prince George comprend quatre unités principales : le prétraitement, la production d’hydrogène, la production de diesel renouvelable et les services auxiliaires. Nous recevons par rail du canola, du suif et des huiles de cuisson usagées provenant du Canada, que nous entreposons dans des réservoirs destinés aux matières premières.
Les matières premières passent d’abord par une étape de prétraitement, au cours de laquelle les impuretés sont éliminées. Elles sont ensuite acheminées vers l’unité de production de diesel renouvelable, où de l’hydrogène est ajouté pour les convertir en diesel renouvelable.
Le carburant subit ensuite d’autres traitements afin d’améliorer ses performances par temps froid, un aspect particulièrement important dans le nord de la Colombie-Britannique.
Enfin, le diesel renouvelable fini est acheminé vers les réservoirs de stockage, certifié par notre laboratoire interne, puis chargé dans des camions ou des wagons afin d’approvisionner la Colombie-Britannique en diesel à plus faible intensité carbone.
Q : La plupart des Canadiens ne réfléchissent probablement pas beaucoup à la façon dont sont produits les carburants qu’ils utilisent. Quel rôle des entreprises comme Tidewater jouent-elles pour assurer l’approvisionnement quotidien en énergie des Canadiens?
Comme nous l’avons vu récemment dans les nouvelles, les tensions sur l’approvisionnement en carburants affectent les marchés partout dans le monde. Tidewater et ses activités à Prince George jouent un rôle important dans le maintien de la sécurité énergétique nationale en fournissant des carburants de transport fiables à la région, tout en soutenant la collectivité locale grâce à des emplois permanents, spécialisés et bien rémunérés.
Q : Pourquoi est-il important que le Canada continue d’accroître sa production de carburants renouvelables au pays?
Il est essentiel de continuer à développer la production de carburants renouvelables au Canada afin de réduire notre dépendance aux produits pétroliers raffinés importés, tout en poursuivant nos objectifs climatiques.
Q : Où voyez-vous les meilleures possibilités pour que le Canada joue un rôle de premier plan dans l’avenir des carburants?
Le Canada a l’occasion de continuer à démontrer aux Canadiens et au reste du monde qu’il est une source fiable de produits énergétiques produits de manière durable et offerts à des prix concurrentiels.
Grâce à des politiques réfléchies, l’industrie peut poursuivre sa croissance et diversifier sa production en proposant une gamme plus vaste de produits, notamment des biocarburants, au bénéfice d’un plus grand nombre de secteurs de l’économie, dont l’agriculture.
L’une des principales possibilités consiste à privilégier la production nationale de biocarburants à partir de matières premières renouvelables canadiennes, comme le canola cultivé par les agriculteurs d’ici. Cette approche renforcerait la chaîne de valeur agricole, soutiendrait les producteurs canadiens et stimulerait l’économie au pays.
Q : Quel est le principal défi à relever aujourd’hui pour accroître la production de carburants renouvelables au Canada? Et quelle mesure le Canada pourrait-il prendre pour attirer davantage d’investissements dans ce secteur?
Le principal défi à relever pour accroître la production de carburants renouvelables au Canada est l’incertitude réglementaire, puisque la rentabilité de cette production dépend largement de la valeur des crédits réglementaires. Un autre défi tient au fait que les producteurs américains peuvent bénéficier de mesures incitatives à la production dans leur pays, puis exporter leurs carburants au Canada, où ceux-ci peuvent également générer des crédits canadiens pour les carburants renouvelables. Une plus grande prévisibilité réglementaire et des conditions d’investissement plus concurrentielles pour la production canadienne contribueraient à attirer davantage d’investissements au pays.
Q : Tidewater accroît ses activités de cotraitement à la raffinerie de Prince George, ce qui permet de traiter des matières premières renouvelables à l’aide des équipements de raffinage existants. Que nous apprend ce projet sur le potentiel d’accroître la production de carburants renouvelables en tirant parti des infrastructures dont dispose déjà le Canada?
Le cotraitement a permis à la raffinerie de Prince George d’accroître sa capacité à réduire l’intensité carbone de ses produits tout en maintenant une production soutenue. Ces projets montrent que des investissements ciblés relativement modestes peuvent permettre aux raffineurs d’utiliser leurs installations existantes pour produire des carburants à plus faible intensité carbone et réduire leurs coûts de conformité, tout en utilisant des matières premières durables d’origine canadienne, comme l’huile de canola.
Q : Prince George produit à la fois des carburants conventionnels et renouvelables. Que nous apprend l’exploitation de ces deux activités côte à côte sur la façon dont le système canadien d’approvisionnement en carburants peut évoluer?
L’exploitation des deux installations sur un même site permet à l’installation de production de carburants renouvelables d’utiliser les infrastructures existantes, ce qui réduit les coûts d’investissement initiaux et les coûts d’exploitation. Lorsque l’une ou l’autre des installations rencontre des difficultés opérationnelles, elles peuvent également partager des ressources afin de limiter les répercussions sur la production.
Nous partageons du personnel entre plusieurs services, ce qui nous permet de tirer parti de l’expérience acquise dans le raffinage tout en offrant à notre équipe une expérience précieuse dans le domaine des carburants renouvelables. De plus, puisque nous pouvons mélanger du diesel renouvelable et du diesel conventionnel à notre poste de chargement, nous sommes en mesure d’offrir à nos clients une gamme plus vaste de carburants.
Q : En tant qu’ingénieur et dirigeant dans le secteur du raffinage, qu’est-ce qui vous enthousiasme le plus quant à l’avenir du secteur canadien des carburants de transport?
Le Canada est bien placé pour jouer un rôle de premier plan dans le domaine des carburants renouvelables, grâce à l’abondance de matières premières durables et à l’accès à une énergie à faible intensité carbone. Je suis particulièrement enthousiaste face aux progrès réalisés dans le domaine du carburant d’aviation durable (CAD), car l’aviation est l’un des secteurs où la réduction des émissions est la plus difficile. Les technologies liées au CAD progressent rapidement, et j’ai hâte de voir comment le Canada pourra accroître la production et attirer des investissements dans cette industrie émergente.
Regard vers l’avenir
De la production de diesel renouvelable à Prince George aux possibilités émergentes dans le domaine du carburant d’aviation durable, le Canada a le potentiel de miser sur ses forces actuelles pour soutenir un secteur des carburants de transport plus diversifié et à plus faible intensité carbone. La concrétisation de ce potentiel dépendra de la poursuite des investissements, d’une plus grande prévisibilité réglementaire et de la capacité à tirer pleinement parti des infrastructures, de l’expertise et des matières premières déjà disponibles au Canada.
Comme le souligne Erik, l’avenir des carburants de transport ne repose pas uniquement sur le développement de nouvelles technologies. Il s’agit également de tirer parti des capacités existantes pour accroître la production, renforcer la sécurité énergétique nationale et créer de nouvelles possibilités pour l’industrie canadienne.
